Pendant la guerre hispano-américaine, l'esprit de chauvinisme était à son plus haut niveau. Pour vérifier cette situation dangereuse, et en même temps recueillir des fonds pour les Cubains révolutionnaires, Emma Goldman est devenue affiliée avec les camarades latins, entre autres avec Gori, Esteve, Palaviccini, Merlino, Petruccini et Ferrara. Dans l'année 1899 a suivi une autre longue tournée d'agitation, se terminant sur la côte du Pacifique. Des arrestations et des accusations répétées, sans toutefois aboutir à de mauvais résultats, ont marqué chaque tournée de propagande. En novembre de la même année, l'infatigable agitateur entreprit une seconde tournée de conférences en Angleterre et en Écosse, clôturant son voyage avec le premier congrès anarchiste international à Paris. C'était à l'époque de la guerre des Boers, et encore le chauvinisme était à son apogée, comme deux ans auparavant il avait célébré ses orgies pendant la guerre hispano-américaine. Diverses réunions, à la fois en Angleterre et en Écosse, ont été perturbées et brisées par des foules patriotiques. Emma Goldman a trouvé à cette occasion l'occasion de rencontrer à nouveau des camarades anglais et des personnalités intéressantes comme Tom Mann et les soeurs Rossetti, les filles douées de Dante Gabriel Rossetti, alors éditeurs de la revue Anarchiste, la TORCH. Une de ses espérances de vie a trouvé ici son accomplissement: elle est venue en contact étroit et amical avec Peter Kropotkin, Enrico Malatesta, Nicolas Tchaïkovski, W. Tcherkessov et Louise Michel. Anciens guerriers dans la cause de l'humanité, dont les actes ont enthousiasmé des milliers de partisans à travers le monde, et dont la vie et l'œuvre ont inspiré à d'autres milliers de nobles idéalismes et abnégation. Anciens guerriers, ils ont toujours été jeunes avec le courage des premiers jours, inébranlables dans l'esprit et remplis du ferme espoir du triomphe final de l'anarchie. L'abîme du mouvement ouvrier révolutionnaire, qui résultait de la dislocation de l'INTERNATIONALE, ne pouvait plus être comblé. Deux philosophies sociales étaient engagées dans un combat acharné. Le Congrès International en 1889, à Paris; en 1892, à Zurich, et en 1896, à Londres, ont produit des différences irréconciliables. La majorité des sociaux-démocrates, rejetant leur passé libertaire et devenant des politiciens, réussirent à exclure les délégués révolutionnaires et anarchistes. Celui-ci décida désormais de tenir des congrès séparés. Leur premier congrès devait avoir lieu en 1900, à Paris. Le renégat socialiste, Millerand, qui avait gravi les échelons du ministère de l'Intérieur, joua ici un rôle de Judas. Le congrès des révolutionnaires fut supprimé et les délégués dispersés deux jours avant l'ouverture prévue. Mais Millerand n'avait aucune objection contre le Congrès social-démocrate, qui fut ensuite ouvert avec toutes les trompettes de l'art de l'annonceur.