La vague populiste en train de grandir au nom d’une prétendue majorité se double d’un nouvel engouement pour les « hommes forts », phénomène que nous avons vu à l’œuvre de manière particulièrement puissante durant la campagne électorale américaine. Puisque la seule chose qui compte est la volonté déclarée de la majorité, pourquoi, se disent les électeurs, ne pas voter pour l’autocrate qui n’aura aucun scrupule à mettre en œuvre la vision « majoritaire » – surtout si elle coïncide avec ses propres intérêts – en soumettant ceux qui ne sont pas d’accord ? Mais les passions populistes du moment ont tendance à masquer les dangers à plus long terme d’un régime autoritaire pour une société. Poutine, par exemple, a présidé sur une économie russe en perte de vitesse, rongée par une corruption clientéliste massive et affaiblie par sa dépendance aux exportations de produits gaziers et pétroliers. L’incapacité de la Russie à se diversifier lorsque les prix des hydrocarbures étaient élevés l’a rendue vulnérable à la chute des prix qui a suivi. Craignant que le mécontentement populaire ne ramène les gens dans la rue à Moscou et dans d’autres grandes villes du pays comme ce fut le cas en 2011, Poutine a cherché à l’anticiper, en restreignant de manière draconienne le droit de manifester et la liberté d’expression, en imposant des sanctions inédites à ceux qui expriment des opinions critiques sur Internet et en écrasant les organisations de la société civile. Le Kremlin a renforcé l’autocratie de Poutine et boosté sa popularité en berne en mobilisant le nationalisme populaire autour de l’occupation de la Crimée par la Russie. Cette dernière a provoqué les sanctions de l’Union européenne qui n’ont fait qu’aggraver le déclin économique du pays. En Syrie, le soutien que la Russie a apporté aux massacres de civils par Assad et la participation russe aux bombardements font que la levée des sanctions européennes est plus qu’improbable. Jusqu’à présent, les propagandistes professionnels du Kremlin ont habilement tenté de justifier les difficultés économiques grandissantes par le besoin de contrer les prétendues tentatives des pays occidentaux pour affaiblir la Russie. Mais au fur et à mesure que l’économie se dégrade, il est de plus en plus difficile aux prosélytes de faire avaler ce message à la population russe.